RESUME DE MON EXPERIENCE DANS LA VIE SAUVAGE

Cela fait 3 mois que le PCT est terminé puisque je suis arrivée au Canada le 23 septembre. Durant cette courte parenthèse je n’avais pas l’envie de faire le bilan sur cette expérience de vie sauvage, pas de réflexion possible, juste envie de me reposer.

Avec le recul, le PCT me saute à la figure trop souvent. J’interprète cela comme le signe qu’il me faut commencer à écrire ma réflexion. Il est donc temps maintenant de faire un petit bilan de ce voyage.


1ère partie

D’abord commençons par un bilan chiffré.

Sur les 2647 miles que contient le PCT je n’ai en réalité marché que 2159 miles.

En effet, il y a une partie de la Sierra Nevada en Californie Centrale que je n’ai pas parcourue, c’est à dire 229 miles. Pourquoi? Cela a été MA décision car cette partie du chemin était trop dangereuse pour moi, marcheuse aguerrie certes mais pas alpiniste chevronnée (merci de ce petit rappel Florence). La marche dans la neige était ma première expérience. De nombreux accidents ont eu lieu cette année à cause de la forte montée des eaux des rivières due à la fonte des neiges dans cette région d’altitude et sauvage. Malheureusement plusieurs décès sont à déplorés dans la Sierra Nevada dont mon amie Chinoise Tree qui marchait seule. Plusieurs hikers qui avaient marché déjà dans cette partie difficile m’avaient fortement déconseillé de continuer après Sonora Pass (je marchais à ce moment là dans le sens Nord-Sud). Etant donné que j’étais seule le franchissement des rivières me serait impossible et de toute façon trop risqué. Mon objectif était bien de rentrer en vie pour pouvoir vous raconter mon aventure et serrer mes proches dans mes bras.

Par la suite c’est en Oregon que les ennuis ont continué, bien malgré moi cette fois, du fait des nombreux incendies. Le PCT a été fermé sur plusieurs tronçons. Ainsi par 3 fois j’ai été obligé de quitter le chemin.

Cela fait donc un total de 259 miles non marchés.

Ainsi si je cumule les miles manquants cela fait 488 (229 + 259).

Sachant que 1 mile vaut 1.609 km si je fais le calcul suivant: 488 miles x 1.609 = 785 km, c’est donc le nombre de kilomètres manquants pour atteindre mon objectif.

4260 km – 785 km = 3475 km

En réalité j’ai donc marché 2159 miles ou 3475 kilomètres.

Dans ce calcul je ne compte pas les miles effectués à pied en-dehors du PCT, et pourtant il y en a.

Je suis donc frustrée de ne pas avoir atteint mon objectif. Je retournerai en Oregon puisque j’ai maintenant des amis Américains qui peuvent m’accueillir. Ainsi je pourrais retourner sur le PCT, notamment vers Crater Lake que je n’ai pas vu.

Puis pour combler ma frustration j’ai décidé de retourner en Sierra Nevada pour faire les 229 miles qu’il me manque. C’est une évidence pour moi, JE DOIS LE FAIRE!

Par contre je vais guetter l’année favorable pour y retourner c’est-à-dire une année où peu de neige sera tombée sur le massif. De plus, je choisirais d’y aller au mois d’août, ainsi le peu de neige qui y sera tombé aura fondu, les conditions seront donc favorables pour marcher. Les 229 miles seront possibles en à peu près 2 semaines. Je ne serai pas seule puisque Dom s’est proposé de m’accompagner.


dans l’état de Washington

2ème partie

Changer de vie, tout quitter, troquer mes certitudes contre un sac à dos et partir loin pour vivre LA grande aventure pendant plus de 5 mois a été tout simplement exceptionnel!

J’ai choisi un mode de voyage nature. Je me réveillais tous les matins avec tout simplement la nécessité d’avancer, de trouver des points d’eau pour boire, laver mon linge ou me laver, trouver mon bivouac du soir. Je me réveillais tous les matins pour découvrir le monde animal sauvage, la flore exceptionnelle du désert ou des hautes montagnes. Je me réveillais tous les matins avec pour seule envie marcher au rythme des rencontres et je dois dire que de ce point de vue j’ai été gâtée. Il est formidable de pouvoir échanger avec les autres marcheurs. Nous avons toujours des anecdotes à nous raconter et surtout avons beaucoup de conseils à échanger. Il en va parfois de notre survie.

Comme j’ai aimé rire des clowneries des animaux, je pense notamment aux nombreux chipmunks parfois effrontés, aux écureuils, notamment un qui semblait en colère contre moi. J’ai aussi eue la chance de croiser le chemin d’animaux plus impressionnants comme des serpents dont le fameux serpent à sonnette, des ours de très près ou de loin, mais aussi un renard gris, un loup blanc dans le parc National de Yosemite, un opossum, un raton-laveur, de nombreuses marmottes, des cervidés, des oiseaux dont un magnifique aigle…

Les trails angels rencontrés tout au long de ce voyage sont un exemple formidable de solidarité. Comme quoi la marche ouvre tous les cœurs, toutes les portes.

dans la cour d’un trail angel

Mon récit de voyage dévoile à tout ceux qui voudraient m’emboîter le pas le pouvoir insoupçonné de la marche. Ce sont des mémoires à la fois pratiques et personnelles. C’est mon témoignage, celui d’une femme passionnée et curieuse. Aussi, si mon histoire donne la propulsion nécessaire à quiconque rêve d’un voyage au long cours, alors j’en suis heureuse. Et même si parmi mes lecteurs il y a des voyageurs immobiles, j’espère tout simplement avoir donné du bonheur de lecture ou, plus prétentieux de ma part, donné l’envie de sauter dans des chaussures de marche et s’essayer au baroudage.

Avec toute mon énergie, mon amour, et parfois avec humour, j’ai écrits ces quelques lignes dans un but de partage.

J’ai beaucoup apprécié mon échange avec les élèves de la classe de CE1-CE2 du Sépulcre à Plérin et sous forme de petites devinettes ou jeux nous sommes restés en contact jusqu’au début des vacances d’été. Tous les jours je commençais ma marche en pensant à eux afin de trouver les choses rigolotes à leur transmettre. Cela était une très grande motivation.

Voyager en marcheuse qui prend son temps me fait entrer dans une autre dimension, plus douce, me fait percevoir la réalité plus lentement, plus pacifiquement, sans autres contraintes que celles que je me suis fixées, à savoir, trouver le boire et le manger, trouver le couchage et pour le reste se laisser couler dans un monde libre et sauvage.

Merci à Alexandre POUSSIN à qui j’ai emprunté quelques paroles philosophiques. D’ailleurs je finis mon résumé avec un passage de son magnifique livre « Marche avant » que je vous encourage grandement à lire:

« … n’en déplaise à ceux qui serinent le mythe du « c’était mieux avant », le monde n’a cessé de s’ouvrir, les murs de Berlin et d’ailleurs de tomber, le mieux-être de gagner des mondes alors exclus de la prospérité, la communication de connecter entre eux les moindres bouts de cervelle tout autour du monde comme un axone irait chercher un neurone au bout d’un cheveu. La surface du globe est devenue une tête pensante et communicante. Pour le meilleur surtout. Parfois pour le pire. … A la vitesse d’une impulsion électrique, tout le monde sait tout sur tout. Mais en passant peut-être à côté de l’essentiel: il faut se connaître soi-même si l’on veut comprendre et connaître les autres…. »

La marche m’a permis un travail sur soi, m’a permis d’aller voir de mes propres yeux comment le monde tourne, avec ma propre démarche.

En toute chose, pour tout projet, dans toute vie, il faut un jour savoir enclencher la marche avant. J’AI trouvé la marche avant dans cette expérience de vie.

bivouac en Sierra Nevada juste après Forester Pass
un de mes plus beaux bivouacs dans le désert en Californie
dans le désert Californien

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s